L'INDÉPENDANT
mars 2007
QUAND UN INTÉRIMAIRE RÊVE DE DEVENIR STAR, par Sylvie Lainé
Agé de 43 ans, Bertrand Latour a toujours su qu’il était un écrivain dans l’âme. Restait à nous
convaincre. C’est chose faite dès son premier roman.
"Dieu m’est témoin qu’il n’y a qu’un seul métier pour lequel je sois né : écrivain" déclare Bertrand
Latour dans sa biographie que l’on eut lire sur son site internet www.bertrandlatour.com. Ce propos n’
est pas présomptueux, c’est une évidence, pour son auteur comme pour le lecteur qui le découvre
dans son premier roman "Les yeux plus gros que l’Amérique". C’est un roman à la fois drôle et
tragique, léger et plein de sagesse, surprenant par son style extrêmement original, hyper
enthousiasmant, car on espère toujours découvrir une perle rare derrière un premier roman, et qu’
enfin, elle est là cette perle rare ! Bertrand Latour a une écriture incomparable et jubilatoire. Il joue
avec les mots, les invente ou les réinvente, construit des phrases improbables et surtout produit des
dialogues savoureux. Du pur bonheur. Il nous raconte l’histoire de Loïs qui voulait être star mais qui n’
était qu’un intérimaire ("Avec l’intérim, t’as au moins l’impression de pas remanger aujourd’hui la
merde d’hier"). Entre deux missions, il s’entraîne en vue d’un casting ou peaufine un scénario. Dans
ces divers emplois, il fait aussi des rencontres : Clarisse, la fille d’un patron, dont il tombe amoureux
mais qui le rejette simplement parce qu’ils ne sont pas du même monde ou Henri qui devient son ami.
C’est cependant, en bas de chez lui, dans un boui-boui chinois qu’il va faire la rencontre de sa vie, en
la personne de Jinsong, un vieux chinois aux étranges paroles. Loïs a 20 ans, mais il aime les vieux et
sait les faire parler : "Ordinairement, les vieux je les avais au tournant, entre des conditions
météorologiques et un échange de vues sur la vie des hommes… Peu me démasquaient à temps que
beaucoup m’avaient déjà tout dit d’eux, me léguant en parole plus qu’ils ne légueraient jamais en
argent à leurs héritiers." Mais Jinsong n’est pas un individu ordinaire et Loïs mettra du temps à l’
apprivoiser et à reconnaître en lui une sorte de père spirituel. Pour lui, il se retrouvera embringué dans
une histoire pas nette, une arme à la main, face à deux tueurs de la mafia chinoise. Sa main tremblera
longtemps encore après qu’elle aura tiré sur l’un des gangsters, mais elle aura alors tissé un lien solide
entre le jeune homme et le vieillard. "Les yeux plus gros que l’Amérique" ne contient pas seulement la
voix de Loïs, il y a aussi celle de Jinsong qui a vécu les heures les plus noires de la Chine et, malgré l’
horreur, a su en tirer les meilleurs enseignements. Bertrand Latour mélange tous les genres,
philosophique, psychologique, historique, sociétal, sentimental pour faire de son premier roman une
véritable pépite .
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