ELLE
5 février 2007
ÇA COCASSE LA BARAQUE, par Patrick Williams
Les Yeux Plus Gros Que l’Amérique, c’est le titre du livre. C’est aussi l’état d’esprit du narrateur, Loïs Larue, un jeune
apprenti acteur qui veut réussir à tout prix. C’est enfin l’ambition de l’auteur, le Français Bertrand Latour, qui a rêvé,
avec ce premier roman, on le sent, d’écrire un de ces livres survitaminés à la façon d’écrivains américains comme John
Fante ou Jack Kerouac. Il propulse son sympathique héros, Loïs, dans une suite d’aventures loufoques où, de petits
boulots en amours d’un soir, celui-ci échoue dans une cave à tenir un flingue devant des mafieux chinois ! Ça avance
vite, comme les pas de Loïs dans Paris, comme Tintin dans Hergé. Surtout, il y a ce ton unique, typique de Latour, fait
de phrases alambiquées, de tournures cocasses : "Je repliai mon futon et, sur le canapé qu’il était de ce fait redevenu, je
m’assis pour me livrer à des bâillements à répétition pendant vingt minutes, montre en main. Au réveil, j’avais mes
lenteurs." Vous le croyez qu’on puisse écrire comme ça ? Il y a une jubilation de la langue chez Latour, comme si on
avait privé ce garçon de langage pendant des années et que, enfin, il pouvait se bâfrer de mots à foison. Latour ne
prend garde à rien, il ose tout. Le littérairement correct, il s’en fout. Son livre est décapant comme un hamburger au
camembert, comme du Coca au vin rouge. Vous croyez que ça a mauvais goût ? Essayez donc : vous serez surpris.
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