| ELLE 31 mai 2004 / n° 3048 ÇA CAVALE AU CANADA, par Patrick Williams Comme Un Beau Grand Slow Collé : étonnant ce titre, tous ces mots collés à la suite, comme un chewing-gum qu’on mâche. C’est que Bertrand Latour n’écrit pas tout à fait en français – en français de Saint-Germain-des-Près s’entend. Sa langue – profondément originale – est composée de tournures cocasses ("Je ne m’appesantirai pas sur la façon dont le chat fit la souris ramper"), d’expressions en anglais ("period !") et de phrases étranges ("Ça va brasser, les chums !")… Normal : Latour nous écrit du Québec, où ce Français de 39 ans s’est exilé après avoir exercé tous les métiers. De son expérience, il a tiré ces huit nouvelles qui mettent en scène à chaque fois un "expat" confronté à cette étonnante société québécoise, si lointaine et si proche, si crue dans ses mots et si tendre dans sa façon de les cracher. Tantôt un "Frenchy" essaie de déjouer le chantage d’une furie originaire de Toronto, tantôt une ex-Parisienne s’en prend à une Américaine hystérique… Chez Latour, il s’agit toujours d’histoires de fesses, avec dialogues cinglants et personnages cinglés. Les phrases s’ enchaînent sans temps mort – comme la vie en Amérique du Nord. Et on comprend mieux ce qui fait le charme précieux de l’auteur. Ce Français a voulu écrire comme les Américains qu’il admirait tant, Hemingway ou Fante. Il a rêvé de phrases sèches, sans chichis ni poses formalistes. Il est donc parti à Montréal pour marier l’énergie yankee et la phrase française. Et il a réussi. D’où cette impression remarquable qu’il écrit américain en français. Comme si les deux langues dansaient un "beau-grand-slow-collé. |
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