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| Amanda, ma dinde adorée, Une copine vient de me faire parvenir votre critique de mon roman, Un Milliard Et Des Poussières, parue sur votre blog (http://www.amandameyre. com/archive/2008/11/05/un-milliard-et-des-pousieres-%E2%80%93-bertrand-latour. html). Bon, votre blog qu’à l'instant, j’ai parcouru en long, en large et en travers, je ne suis pas fan. Ca y caquète, ça y caquète, mais, hormis quelques plumes tombées du croupion, que reste-t-il de toute cette voletante hystérie que vous y déployez quasi quotidiennement ? Pas grand-chose. Vanitas vanitatum… En revanche, votre critique de mon roman, il n’y a rien à enlever. J’ai adoré. Tout simplement parce qu’elle prouve qu’Un Milliard Et Des Poussières vous a mis la tête à l’envers. Quelle plus belle victoire souhaiter à un artiste ? Au début, votre papier est plutôt positif, pour ne pas dire carrément alléchant. Vous résumez mon livre avec un tel entrain et un tel talent que, pour mon prochain roman, je projette déjà de faire appel à vos services afin que vous en rédigiez la quatrième de couverture (je suis sérieux, en plus). Puis, soudain, vers le milieu, c'est-à-dire le quatrième paragraphe, vous vous laissez emporter par quelque inexplicable colère venue d'on ne sait où. En témoigne ce « détestable » en gras. « Le tout est finalement d'une vacuité sans fond. Un peu ça va, beaucoup, ça révulse » poursuivez-vous au sujet de mon livre. Là, faudra que vous nous expliquiez comment une stakhanoviste de la lecture comme vous, qui n’a pas une seconde à perdre avec des bouses que de surcroît son œil expert repère immédiatement, n’a-t-elle pas lâché un tel livre « détestable » d’une telle « vacuité » ?... De trois choses l'une : ou bien vous mentez (ce que je ne crois pas) et ne m'avez pas lu ; ou bien vous êtes une cinglée de masochiste (ce que je ne crois pas non plus) qui prend plaisir à s'envoyer des romans comme le mien que vous qualifiez de « vulgaire », « cynique », « vomitif », « répétitif, soûlant, gonflant » ; ou bien vous ne voulez pas grandir (ce que je crois) comme il y a des enfants qui refusent de quitter le monde de Martine, celui d'Harry Potter. Amanda, vous êtes une grande fille maintenant, il faut accepter le fait que le père Noël n'existe pas et qu'une librairie n'est pas Disneyland. Oui, Amanda, le père Noël est mort et, nous aussi, on va tous mourir et, par-dessus le marché, dans l'attente, on doit vivre dans une vaste ploutocratie où, je le déplore autant que vous, beaucoup trop de choses s'achètent et se vendent. C'est ainsi, ma chère enfant, ainsi depuis la Grèce, l'Égypte, la Bible et même depuis les cavernes et, si vous avez une réclamation à adresser, c'est pas à moi. Vous confondriez le message et le messager. Pourtant, c’est exactement la grossière confusion que vous faites. Ce qui d’ailleurs vous conduit à vous contredire tout du long jusqu’à cette surprenante implosion finale lorsque vous concluez que mon livre n’a « aucun intérêt ». Impossible. Un livre qui n’a « aucun intérêt » est toujours sans effet sur son lecteur. Or, mon livre a eu énormément d’effet sur vous au point que de me lire vous soit devenu insupportable. Mais, ce qui est incroyable, c’est que vous avez quand même continué de me lire. Ah, ah, tiens, tiens... Parce qu’une fois qu’Un Milliard Et Des Poussières vous a prise aux tripes, on le lâche pas comme ça, ma belle. Parce qu’Un Milliard Et Des Poussières est de ces livres qui vous ouvrent grand les portes du monde réel dont une des facettes est le microcosme doré et peu reluisant, feutré et ultraviolent que constituent ces palaces où descendent les stars et les milliardaires. Est-ce parce que je connais moi-même si bien ce microcosme-là (pour financer mes écrits, j’ai été un an chauffeur d’un palace sis devant une grande place à Paris) que mon livre, criant de vérité, vous a sauté à la gueule ? Sans doute. Il doit aussi y avoir un peu beaucoup de talent narratif et stylistique là-dessous, vous pensez pas ? Fatalement. Essayant de comprendre pourquoi tant de haine, j’ai passé en revue les auteurs que vous encensez sur votre blog (ne parlons pas de gens comme Jane Austen ou Jean Echenoz, comment ne pas les encenser ?) et, bingo, j’ai compris, compris où vous en étiez en littérature. En gros, Oui-Oui Fait Du Ski. Mon analyse à moi est que vous êtes tellement sclérosée, si dramatiquement coinçouille qu’inconsciemment, vous avez d’emblée préféré considérer comme de la « vacuité sans fond » ce qui – horreur, malheur ! – vous a profondément déstabilisée. Résumons : c’est tout bête, Amanda, vous avez lu Bertrand Latour et ça vous a défrisée de la tête aux pieds. Encore une fois : quelle plus belle victoire souhaiter à un artiste ? Cela dit, il est d’autant plus dommage que, littérairement parlant, nous soyons aux antipodes, que je trouve que vous êtes une chic fille. En effet, vous avez eu l'honnêteté de ne pas supprimer les commentaires de votre critique qui m'étaient favorables, des trucs comme « j'avais pourtant aimé le recueil de nouvelles de [Bertrand Latour], Comme Un Beau Grand Slow Collé, qui parlait de Montréal avec une plume vraiment intéressante ». Un point pour vous. Un bon point également pour le blog Culture Café auquel vous renvoyez, qui a pareillement descendu en flammes mon roman mais qui a pareillement eu l'honnêteté de ne pas supprimer les commentaires qui m’étaient favorables (http://www.culture-cafe. net/archive/2008/08/24/un-milliard-et-des-poussieres-surtout-des-poussieres. html#more). C'est que, ne vous déplaise, je viens de publier mon troisième livre et je commence à avoir des fans, qui m'écrivent, me soutiennent, me défendent, des passionnés de littérature qui aiment ma prose et vomissent les tartines de bons sentiments ou les soporifiques thrillerades que vous portez aux nues. Maintenant, si des fans d'un auteur signalant la sortie de son nouvel ouvrage dans deux ou trois blogs suffit à vous faire grimper aux rideaux - cf sous votre critique, vos caquetages et ceux de votre (basse-)cour -, moi, je dis que votre existence doit être bien excitante. Avez-vous pensé à en tirer un roman ? Pour revenir à ce Jean Echenoz que vous admirez tant, cet Echenoz si intègre, si reclus, vous le voyez, vous, se bouger pour qu’un écrivain aussi « détestable » que moi soit publié suite à une nouvelle que, depuis le Canada, je lui avais envoyée par la poste chez son éditeur à Paris, telle une bouteille à la mer ?... Rubinstein, patron de Denoel, mon premier éditeur, a fini par m’avouer qu’en vingt ans, Echenoz lui avait recommandé deux écrivains : un premier que Rubinstein n’a pas publié, un second que Rubinstein a publié. Le second, c’est moi. Moi, le « détestable ». Pour ceux de vos lecteurs qui, malgré tout ce beaucoup de bruit pour rien, voudront donner sa chance à mon bouquin en passant outre à votre avis, souffrez que je leur communique l'adresse de mon site : www.bertrandlatour.com. Ils y verront notamment qu’il se trouve des journalistes de presse, de télé, de radio pour parler d’Un Milliard Et Des Poussières en ces termes : « fascinant », « roman virtuose », « se lit à toute allure », « dans la droite ligne d'écrivains américains comme Bukowski ou John Fante », « un régal », « aventure homérique », « une formidable matière romanesque », « Pour arriver à ça, il faut du style. Latour en a. ». Latour, moi, le « détestable ». En tout cas, Amanda, ma dinde adorée, moi, je ne vous déteste pas. La preuve ? Thanksgiving est dans quelques jours et, je vous le promets, je mangerai du poisson. Allez, va, je vous baise le front tendrement, Bertrand |
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